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Une carte, une mémoire

 

Depuis l'été 2007, les bulletins de Bessans Jadis et Aujourd'hui comportent un chapitre consacré à une carte postale commentée.

Vous pouvez retrouver ici chacun de ces documents, retenus pour leur intérêt documentaire ou affectif.

 




Lanslebourg, souvenir d'un malheureux militaire Imprimer Envoyer
Écrit par Annie Chazal   
Mardi, 16 Mars 2010 16:09

 

Cette carte, sépia à l’origine, et ordinaire, est non datée ; elle doit très probablement avoir été écrite dans la première moitié du XXème siècle, plutôt au début. Elle représente le Lanslebourg de l’époque avec, au premier plan, les casernes dont Napoléon avait ordonné la construction en 1805, en complément de l’aménagement de la route du Mont Cenis, à l’emplacement actuel du quartier Napoléon. Les casernes, après avoir servi aux Français et aux Sardes, puis de nouveau aux Français, au gré des rattachements de la Savoie, finirent d’être démolies en 1980. De nombreux champs de céréales s’étagent encore à l’adret. Tout au fond, on aperçoit la calotte glaciaire de la Vanoise qui a bien diminué depuis.

 

Vue de Lanslebourg
 

 

Au verso, on trouve le nom du photographe-éditeur de cette carte à Chambéry, A. Doron. Le texte, écrit maladroitement, tant par la graphie que par son orthographe, par un “pauvre soldat” qui trouve le temps bien long, peut inspirer quelque pitié. Pourtant son humour hésitant entre fatalisme, fuite ou révolte, est tout à fait revigorant ; ce Georges Trouillon, au nom prédestiné entre troufion et trouillard, écrit :

« le Bonjours d’un pauvre soldat sur les mauditte frontières italliennes quand la neige tonberas noire et que les corbeaux serons blanc le 99 RI A [régiment d’infanterie alpine] sèfaceras de Ma mémoire.

Ma Meïeure conbine serait la fuitte enfin plus que 17 mois

A sette carte et à Moi comme la brusse [brousse] a son roi Trouillon et mon nom Georges mon prénom la France Ma nation le 99 Mas Prisson [ma prison]

Georges Trouillon »

 

texte militaire
 

 

 

article paru dans le bulletin 62 de BJA

 

 

 


 
Entre deux eaux Imprimer Envoyer
Écrit par Annie CHAZAL   
Samedi, 05 Septembre 2009 11:09

 

Cette carte a été envoyée le 4 août 1925 depuis Termignon. Elle figure le chalet-hôtel d’Entre-deux-Eaux situé au cœur de la Vanoise et sur la commune de Termignon, sur fond de massif de la Grande Casse.

Le texte au verso, débute ainsi : « Mon petit Jean, Nous sommes partis pour cinq jours pour faire uniquement à pied une superbe excursion. Voici le type des chalets de montagne ! Demain, nous serons au  Mont Cenis… »

refuge d'Entre-deux-eaux

 Le chalet-hôtel est alors propriété de Marcellin Richard. Le centenaire du chalet a été fêté au cours de l’été 2008. C’est donc en 1908 que Joseph-Victorin Richard, dit “Marcellin” comme son père, décida de transformer son chalet d’alpage en chalet-hôtel. Le chalet ouvre en 1911 et, dès les premières années, des centaines de personnes y font halte, certaines sous la conduite de guides comme Payot de Chamonix, Amiez de Pralognan, Favre de Bramans, Blanc de Bonneval. À la fin du XIXe, la montagne est parcourue par les alpinistes pionniers, des botanistes, des militaires.

 

La maison d’alpage était déjà recensée sur la mappe sarde de 1734, elle se trouve sur “la route du sel” qui favorise le transport par mulets du sel de Moutiers et de la tomme de Tarentaise depuis la Savoie pour être vendus en Piémont.

Près du  refuge, un chalet en ruine avec un imposant pilier rond en pierres sèches est supposé avoir été un lieu de stockage du sel. Avant son ouverture officielle, les anciens guides attestent déjà la tradition d'un accueil régulier des alpinistes ou touristes de passage par les alpagistes.

 

extrait d'un article paru dans le bulletin 61 de BJA

 

 

 


 
Les rues de Bessans Imprimer Envoyer
Écrit par Annie CHAZAL   
Lundi, 15 Septembre 2008 13:00

 

 

Cette carte non écrite est l’une des très rares à nous montrer l’état des rues autrefois à Bessans en hiver, au début du XXe siècle. Il s’agit de la rue du Petit Saint-Jean, non goudronnée et bordée de maisons basses. On pourra reconnaître, à droite, le beau mur jouxtant la terrasse du restaurant la Bergamote, préservé et resté tel quel aujourd’hui.

 

rues de Bessans

 

 

Pas de chasse-neige motorisé à cette époque, les riverains déblayaient à la pelle, creusaient des tranchées comme on l’aperçoit à gauche de la carte.

On notera aussi l’alignement des cheminées et au fond la silhouette enneigée du signal du Petit Mont Cenis (3162 m).

 

L’inscription au dos de la carte : Tous les pays étrangers n’acceptent pas la correspondance au recto, se renseigner à la poste indique une publication entre 1904 et 1909.

paru dans le bulletin 59 de BJA

 

 

 

 


 
Glacier de Charbonnel Imprimer Envoyer
Écrit par Annie CHAZAL   
Samedi, 30 Août 2008 10:20

 

Charbonnel

 

Une carte sans écrit et sans date, qui remonte très probablement au tout début du XXe siècle, elle nous montre des manœuvres militaires effectuées au Col de l’Iseran. La route du col, ouverte en 1937, n’existait pas encore et le col se passait alors par un chemin muletier reliant Tarentaise et Maurienne.

La carte est éditée par F. de Migieu à Chambéry dans la collection « LA PLUS BELLE ».

Mais son plus grand intérêt est de nous révéler l’ampleur du glacier du Charbonnel d’un seul tenant avec le bassin de la Gràla à droite (nom donné en référence à sa forme de grand plat creux), avec deux languettes de glace descendant dans les thalwegs.

Cette dimension du glacier correspond en gros à celle dessinée sur les cartes de l’armée en 1873. Chacun pourra vérifier combien depuis il a fortement diminué…

 

paru dans le bulletin 59 de BJA

 

 

 


 
Une surprise au verso Imprimer Envoyer
Écrit par Françoise CIMAZ   
Mardi, 20 Mai 2008 17:11

Une surprise au verso 

 

Voici une quinzaine d'années, j'ai découvert avec une grande émotion l'écriture de ma mère, Eléonore Cartier, au dos d'une carte postale. 

Une surprise au verso

 

J'étais alors assise dans le métro de Paris qui me ramenait d'un salon des vieux papiers Porte de Versailles. J'avais acheté cette carte avec hésitation, car je ne la trouvais pas terrible, mais comme je ne l'avais pas dans ma collection... !

Ma mère avait écrit cette carte trois semaines après son mariage avec mon père Albert Cimaz, lors de son premier séjour à Bessans qu'elle trouvait « un beau pays. » Cette carte était destinée à son amie de jeunesse de Lyon, Annie Lardanchet, alors mariée, à Paris, à Maurice Chemineau.

paru dans le bulletin 58 de BJA

 


 
Souvenirs des crues de l’Arc Imprimer Envoyer
Écrit par Annie CHAZAL   
Lundi, 19 Mai 2008 22:33

Souvenirs des crues de l'Arc

 

Les crues de l’Arc qui dévastèrent la Maurienne en juin 1957 ont fait l’objet d’expositions, tout au long de la vallée, pour commémorer leur cinquantenaire.

Nous avons retrouvé cette carte photographiée avant la crue, mais écrite et envoyée ensuite par une certaine Veuve Tracq.
On y voit la route qui arrivait alors à Bessans par la rive droite, quelques voitures circulant, des berges encore intactes, la passerelle, … et aussi des champs encore cultivés vers “Entrameurs” et à droite aux Manches, au pied de Tierce.

Le texte de la carte raconte :
« … je vous joins cette vue de Bessans. Je vous ai crayonné les maisons parties dans les flots. C’est triste à voir, du moins les enfants ont dû vous le dire… »

 

paru dans le bulletin 58 de BJA

 


 
Il était une bergère Imprimer Envoyer
Écrit par Annie CHAZAL   
Lundi, 19 Mai 2008 22:33

 Il était une bergère

 

Une carte postale envoyée en 1948. C’est une carte sépia, intemporelle.

Dans un paysage de neige, vaste et serein, que l’on imagine aux premiers jours du printemps.
Au premier plan, la plaine de Bessans, les bras de l’Arc coulant entre des ilôts graveleux et de maigres buissons.
Au fond, le massif d’Andagne et de l’Ouille Allègre, tout enneigé.
Nichées au pied des montagnes, on devine les maisons toutes groupées du village et la pointe du clocher tutélaire.

Au premier plan, une jeune bergère en costume traditionnel de tous les jours et coiffée de la bérette, simple et altière, pose droite au centre d’un groupe de brebis à longue laine, camaïeu de noir, brun et beige. Juste derrière elle l’eau de l’Arc s’écoule paisiblement…

Une impression d’intense poésie et de douceur se dégage de cette scène au charme bucolique, avec ou malgré la neige, une scène où hommes et bêtes vivent en harmonie, que l’on pourrait tout aussi bien imaginer au cœur de l’Atlas marocain, rêver au pays des Himalayas ou toute autre civilisation haut-montagnarde.

paru dans le bulletin 57 de BJA

 


 
Savez-vous planter… Imprimer Envoyer
Écrit par Annie CHAZAL   
Lundi, 19 Mai 2008 22:33

Savez-vous planter les choux ?

 

La culture des choux à Bonneval sur Arc.

Cette carte a été envoyée le 16 juillet 1923 depuis Bessans

On y voit le village de Bonneval dans son écrin de montagnes et son émouvante austérité avec au fond le glacier de Trièves beaucoup plus important qu’aujourd’hui.
Au premier plan à droite, deux silhouettes de paysans au bord d’un vaste champ aux choux bien alignés en lignes espacées.

Il était de tradition à Bonneval « de jeter de la terre au printemps sur la neige pour activer la fonte ; puis les champs étaient plantés de choux à 1,50m ou 2m les uns des autres. Le terrain était ensuite labouré plusieurs fois (ce qui servait de buttage pour les choux) et le seigle semé fin juillet. Les choux récoltés dans les champs de seigle étaient superbes. Quand au seigle, il était moissonné l’année suivante en septembre après quatorze mois. Le pain de seigle était cuit en novembre ou décembre pour toute l’année. De petits moulins, sur la Lenta, fournissaient la farine. »
(Pierre Dompnier dans « Histoire des communes savoyardes » Ed Horvath 1983 tome III).

Labeur soigné d’une culture céréalière en haute montagne sur des terres à épierrer chaque printemps et qui a aujourd’hui disparu.

Et contraste déjà avec les prémisses d’une civilisation de tourisme et de loisirs ; lisons le texte écrit au dos de la carte :
« Ma chère Louise, nous sommes arrivés ce matin à Bonneval. Nous attendons l’arrivée d’un guide avant de monter aux Evettes. Le temps est beau, un peu orageux… »

paru dans le bulletin 57 de BJA